Philippe Poutou, ancien candidat et toujours ouvrier (Le Progrès.fr, 11 juillet 2012)

Prolétaire
Au lendemain de son décevant 1,15 %, il est retourné à l’usine Ford de Blanquefort, en Gironde.

Philippe Poutou en meeting à Lyon, salle Victor Hugo, le 4 avril dernier Photo Joel Philippon

Que font-ils depuis la présidentielle ?

Il existe un compte Twitter poutou2012.org, à l’enseigne du « Candidat du NPA à l’élection présidentielle. Ouvrier dans l’automobile ». Le compte n’est pas fermé, mais le dernier message date du 4 juin. Philippe Poutou en sourit : « Moi, je n’ai jamais fait un tweet, c’est les copains qui s’en étaient occupés ». La campagne est finie, l’ancien candidat est de retour à l’usine, où il est syndicaliste CGT. « On prépare la manifestation pour le Salon de l’Automobile à Paris, en septembre. On vient de réserver les trains. »

Philippe Poutou restera dans l’histoire présidentielle. En tant que premier ouvrier candidat, plus que pour son score : un petit 1,15 %, très loin des 4 % atteints par Olivier Besancenot en 2002 et 2007. « Le contexte était hypercompliqué », se souvient-il. Nous étions en juin 2011 et le « Nouveau Parti Anticapitaliste », créé en 2009 pour fédérer la gauche radicale contre le Parti socialiste, se déchirait sur l’attitude à adopter devant l’émergence du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. « On s’est compliqué la vie, on a tout fait dans l’urgence… J’ai été propulsé sur la scène nationale sans avoir été préparé ».

Le début de campagne est difficile, dominé par la chasse aux signatures en faveur d’un candidat inconnu. « J’étais l’ouvrier de nulle part, timide, pas à l’aise ». Peu à peu, il fend l’armure, et à la mi-avril, il impose son style très particulier à « Des Paroles et des Actes » sur France 2 :

« J’ai pas l’habitude d’être seul… On arrive chez le patron en groupe, on séquestre en groupe ! » lance-t-il sur le plateau aux journalistes effarés. Quelques jours après, il se paie le luxe de dénoncer la fortune de Martin Bouygues sur TF1. Assez pour marquer les esprits, mais trop tard pour entraîner un « effet Poutou » dans les urnes.

Deux mois après, l’heure n’est pas encore au bilan. « Je n’en ai pas le temps, et je n’en ai pas envie », explique-t-il sans détour. Ni avec les journalistes, ni mêmes avec ses collègues d’usine, qui lui demandent souvent de raconter sa campagne. « C’est évident que ça m’a chamboulé, que ça a été dur pour moi », reconnaît-il cependant. Mais pas question d’aller détailler les responsabilités des uns et des autres dans le score décevant : le candidat l’a d’abord joué collectif. « J’avais le souci de ne pas décevoir. Le truc qui comptait pour moi, c’était de bien faire mon boulot, comme un ouvrier à l’usine ».

Philippe Poutou n’est pas et ne sera jamais Olivier Besancenot. Il n’en a pas l’aisance devant les caméras, ni cette facilité à faire conversation de tout et de rien : « J’étais sur LCI, on m’a demandé mon avis sur Deschamps, et la Tour de France, et mes chansons préférées… Je ne vois pas en quoi mon point de vue personnel peut intéresser les gens ».

La campagne est loin, mais les querelles du NPA plus vives que jamais. Samedi dernier, le congrès du parti s’est soldé par une nouvelle saignée de militants, qui préfèrent cheminer avec le Front de Gauche. « Il nous faut maintenir le cap d’un parti anticapitaliste indépendant », rétorque Philippe Poutou – formule langue de bois pour accuser Jean-Luc Mélenchon d’être trop proche du pouvoir socialiste.

Résultat : créé en 2009 avec plus de 9000 militants, le NPA n’en compterait plus que 3000 à 4000. Et les caisses sont vides, après les mauvais résultats de la présidentielle et des législatives. De quoi désespérer ? « Non… Il y en a qui arrêtent de militer. Le chemin est long, et difficile, et c’est vrai que le moral fluctue ». Il hésite, et ajoute : « On garde la pêche, on tient ». Il sera encore candidat. Sans doute plus à une présidentielle, mais à des législatives ou des scrutins locaux. Et il est maintenant porte-parole du NPA, avec Olivier Besancenot : Philippe Poutou, désormais et pour toujours ouvrier dans l’automobile et ancien candidat à l’élection présidentielle.

Bio express

> né le 14 mars 1967 à Villemomble (Seine-Saint-Denis), fils d’un postier et d’une mère au foyer.

> commence à militer au lycée avec Lutte ouvrière, l’autre formation trotskiste, longtemps représentée par Arlette Laguiller

> exclu de LO, il intègre la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) d’Alain Krivine, qui devient en 2009 le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), avec Olivier Besancenot comme chef de file.

> sans diplôme, après un échec au bac, entre en 1996 à l’usine Ford de Blanquefort (Gironde)

> responsable de la CGT dans son usine , il mène en 2011 une grève qui permet de sauvegarder 955 postes

> candidat à l’élection présidentielle, il recueille au premier tour 411 160 voix (1,15% des suffrages exprimés)

> a publié un livre : Un ouvrier, c’est là pour fermer sa gueule ! (Editions Textuel, 2012)