Poutou marque des points, pas le NPA (France Soir, 23 avril 2012)

Philippe Poutou s’est taillé une popularité certaine au terme de la campagne mais le score décevant du candidat anticapitaliste, 1,15% des voix, relègue son parti dans les bas-fonds électoraux.

Philippe Poutou reprendra son travail à l’usine la semaine prochaine AFP/PIERRE ANDRIEU

Malgré une bonne fin de campagne, l’anticapitaliste n’a pas capitalisé. Avec 1,15% des suffrages au premier tour de la présidentielle, Philippe Poutou n’est pas parvenu à « tuer le père » Besancenot, qui avait récolté plus de 4% des voix en 2002 et 2007. Un « score d’échec » a fusillé Pierre-François Grond, un des cadres du NPA passés au Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon en mars. Le diagnostic de ce partisan du courant « unitaire » de l’ex-LCR est sans concession : « On a une extrême-droite très forte, une dynamique du côté de Jean-Luc Mélenchon, avec un score très honorable, et on a un NPA qui n’est pas dans sa promesse de fondation il y a trois ans et qui fait un score qui est à l’image de sa campagne politique : faible ».

La faute à « L’ouvrier candidat » de Blanquefort ? Philippe Poutou, 45 ans, revient certes de très loin. Inconnu au bataillon électoral lorsque le NPA le désigne candidat en juin 2011, peu familier des codes politiques, il doit prendre la relève du charismatique facteur de Neuilly, un habitué des sunlights médiatiques. Assigné aux 0,5% d’intentions de vote tout le long de la campagne, le timide girondin multiplie les maladresses, assume « se faire chier » dans ses habits de candidat et envisage de « s’autodissoudre » en cas de victoire.

La révélation de la fin de campagne

Mais alors qu’il prêche dans le désert l’interdiction des licenciements ou les 32 heures de travail hebdomadaire, la campagne officielle et l’égalité du temps de parole vont révéler la tête d’affiche du NPA. Plus Philippe Poutou se rapproche de ce bleu de travail qui lui manque tant, plus il se lâche. Sa prestation potache sur le plateau de Des Paroles et Des Actes ou ses détournements du Questions pour un champion et The Artist pour ses clips de campagne ravissent les internautes. Le candidat fait figure de looser sympathique et décontracté. Trop peut-être pour un porte-voix des couches défavorisées en temps de violente crise économique. Pendant ce temps, le tribun Jean-Luc Mélenchon vampirise l’électorat de la gauche de la gauche.

Mission 1% des voix accomplie donc ? Dimanche, Philippe Poutou a semblé demander à ses électeurs de se reporter sur le candidat socialiste François Hollande, en appelant à « dégager Sarkozy le 6 mai ». Laissant derrière lui un parti divisé entre partisans et opposants d’alliances à l’extrême-gauche, l’ouvrier reprendra dès le 2 mai le chemin de son usine Ford, près de Bordeaux.

Par G. F. V