Philippe Poutou : "J’irai parler sur TF1 de la fortune de Martin Bouygues" (Le Mensuel de Rennes, 03 avril 2012)

Philippe Poutou rencontrait la presse dans les locaux du NPA, dans le quartier de Bréquigny, à Rennes.

Le candidat NPA à la présidentielle est en meeting à Rennes, ce lundi soir. Il revient sur des sondages qui ne décollent pas et sur la concurrence de l’encombrant Jean-Luc Mélenchon à "gauche de la gauche".

« Fatigué », mais décontracté, le Philippe Poutou. Le candidat à la présidentielle du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) rencontrait la presse ce lundi après-midi, avant son meeting à la salle Carrefour 18, dans le quartier du Blosne, à 20 h 30. Dans les locaux rennais du mouvement, à Bréquigny, le nouveau visage du NPA revenait sur des sondages qui ne décollent pas, sur son incursion en politique et sur un Jean-Luc Mélenchon au zénith dans les enquêtes d’opinion.

« Oui, j’ai le moral », répond Philippe Poutou en pianotant sur son iPhone. Et le candidat NPA de s’emparer d’une chaise en plastique derrière une table, avant de s’installer juste devant le parterre de journaliste. Et alors, il n’en a pas marre, Philippe Poutou, d’entendre toujours parler d’Olivier Besancenot ? « Les questions à répétition, c’est fatigant, avoue le candidat NPA. On devient une machine à répéter. » On ne parlera pas, donc, de son déficit de notoriété. Même si certains militants NPA l’avouent : « Quand on tracte sur les marchés, des personnes nous demandent : "C’est qui, ce Philippe Poutou ? " », se désole André Guiller.

A gauche, l’ombre de Mélenchon

Ce lundi, il n’était question que d’une chose : la candidature de Jean-Luc Mélenchon, donné troisième homme de la campagne par des enquêtes d’opinion qui placent le patron du Front de gauche à 15% au premier tour. Pour Philippe Poutou, « le personnage et son côté viril » marche. Le successeur d’Olivier Besancenot à l’élection présidentielle ne semble pas pris de mélenchonophilie aigüe. « Il semble se découvrir des vertus révolutionnaires, alors qu’il a été ministre », tacle-t-il.

Car pour l’ouvrier de chez Ford, près de Bordeaux, la plus grande qualité du NPA est de présenter des candidats qui ne sont pas des professionnels de la politique. Mais il n’est pas mélenchono-incompatible non plus. « Il y a des points communs avec le Front de gauche », assure Philippe Poutou. Le NPA vient d’ailleurs d’envoyer une lettre aux autres partis de « la gauche de la gauche », Lutte ouvrière et le mouvement représenté par Jean-Luc Mélenchon.

L’idée, « c’est de se débarrasser ensemble de l’idéologie libérale ». Ce qui passe par le refus de tout compromis avec un Parti socialiste « qui va faire dans l’austérité ». « Après le 7 mai, les trois mouvements ont à mener une bataille contre le gouvernement socialiste, si le PS passe », affirme Philippe Poutou. Les revendications principales ? « L’interdiction de licencier et le passage aux 32 heures de travail hebdomadaire. »

« Pas l’euphorie de 2007 »

Une parole qui trouverait des échos sur les marchés rennais, selon Jean-Patrick Müller, militant NPA. « Il y a pas mal de gens qui adhèrent à ces idées, nous avons quand même distribué 15 000 tracts. » Même si le jeune homme concède que « ce n’est pas l’euphorie de 2007 ». A l’époque, avant la création du NPA, la LCR d’Olivier Besancenot avait atteint près de 10% à Rennes, contre 4,52% à l’échelle nationale.

Les mauvais chiffres dans les sondages, Philippe Poutou les relativise : « Il y a eu des élections où Alain Krivine (fondateur de la Ligue communiste révolutionnaire, NDLR) faisait 0,36%. » Le candidat NPA met ses sondages aux pâquerettes sur le compte du fonctionnement médiatique du scrutin présidentiel : « Tout est personnalisé, alors que le NPA, ce n’est pas une personne, on forme un bloc. »

Mais quel bilan tire-t-il de sa campagne ? La question est « un peu prématurée », suggère le candidat-ouvrier, qui vient d’entrer à plein temps en campagne. Jusqu’en mars, il faisait de la politique trois jours par semaine et retournait à son usine Ford le reste du temps. Maintenant, c’est « présidentielle » sept jours sur sept.

Alors Philippe Poutou l’admet, « c’est dur de ne pas voir sa famille, ses amis, ses potes de boulot ». « Si on m’avait dit, il y a trois mois, que l’usine me manquerait ! », s’esclaffe-t-il, en indiquant sous forme de plaisanterie que s’il était élu à l’Elysée, il ne ferait qu’un mi-temps au « château ».

Restent les fondamentaux de sa campagne : tout mettre en œuvre pour « virer » Sarkozy », former une unité à gauche pour faire pression sur le PS en cas de victoire socialiste. Il y a aussi les petits plaisirs : faire entendre la voix des « opprimés ». « Ça fait marrer quand des chaînes de télé que ça fait chier de nous inviter doivent nous donner du temps de parole. Et sur TF1, j’irai parler de la fortune de Martin Bouygues ».