Poutou : « Il faut se battre, mais les gens n’y croient plus » (Libération, 11 janvier 2012)

POLITIQUES

INTERVIEW

Le candidat du NPA déplore « une démoralisation et à un sentiment d’impuissance » sur lesquels prospère le FN. Et se dit prêt à combattre un futur « gouvernement de gauche ».


Recueilli par Marion Kremp et Margaux Lannuzel


Philippe Poutou, candidat du NPA. (Photo : Rodolphe Escher)

Loin dans les sondages et loin d’être très connu des Français, le candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) Philippe Poutou est un anticandidat qui ne désarme pas. Et compte bien « faire passer un message » à l’occasion de la présidentielle 2012.


Pourquoi, en dépit de la crise économique, n’arrivez-vous pas à dépasser les 1% d’intention de vote dans les sondages ?

Mener le combat social suppose une confiance dans le collectif, avec les copains, dans le quartier, au boulot. De ce point de vue là, la crise a fait beaucoup de dégâts. Je parle de la crise qui court depuis plus de trente ans et qui s’aggrave. Les licenciements, le démentèlement des services publics, la pauvreté qui se généralise. Tout cela contribue à une démoralisation et à un sentiment d’impuissance. La préoccupation des gens, c’est avant tout de garder leur emploi et de boucler leurs fins de mois. Nous défendons l’idée qu’il faut se battre, mais les gens n’y croient plus, même s’ils partagent nos idées. C’est ce désespoir qui est récupéré par le Front national. Le dernier sondage, paru dans Libération, montre bien que l’essentiel de ceux qui envisagent de voter Marine Le Pen, le ferait pour dire « merde », et non pas parce qu’ils adhèrent à ses idées. Avec beaucoup de démagogie, le Front national tente un hold-up pour récupérer les voix du mécontentement. A nous de le combattre.

Justement, pourquoi ce mécontentement profite-t-il au FN et non pas au NPA ?

On en revient à la question de la confiance. Le Pen répète « Moi, je ferai », cela parle aux gens qui ont besoin qu’on les prenne par la main parce qu’ils n’ont plus la force de se battre. Nous, nous défendons l’idée que c’est aux opprimés de compter sur eux-mêmes pour s’organiser. C’est pour cela que nous, les ouvriers, qui sommes en bas, faisons de la politique pour nous occuper nous-mêmes de nos affaires. Et ça n’est pas aux politiciens, dont Marine Le Pen fait partie, de le faire ! Nous sommes la « France qui se lève tôt » dont parlait Sarkozy en 2007, nous devons défendre nos intérêts au quotidien. La logique voudrait que les gens votent pour la contestation du système économique et du modèle capitaliste. Mais ce n’est pas le cas aujourd’hui malheureusement ! Maintenant à nous de le voir... Il faut qu’on rame pour retrouver l’espoir de changer les choses ! Si le NPA n’a pas la possibilité de changer les choses par les élections, ce vote pourra servir pour demain pour redonner confiance.

Donc, vous vous contentez d’une candidature de témoignage ?

Nous savons que nous ne serons pas élus, mais nous avons des idées à défendre, un camp social à représenter, et surtout un véritable programme politique pour répondre à la crise. Il faut montrer qu’il y a d’autres solutions que l’austérité et la rigueur : s’en prendre aux riches. Il faut un rapport de force, une intervention de la population, des gens qui se révoltent, c’est déterminant pour imposer une autre politique. Les élections, c’est avant tout un moment démocratique, et autant que nos idées soient discutées dans l’arène. Les gens ne doivent pas se contenter du faux-choix qu’on leur propose en permanence.

Vous faites référence au « vote utile » ?

Beaucoup d’électeurs vont vouloir assurer le coup, autant contre Sarkozy que contre Le Pen. Evidemment, il y a une peur que François Hollande ne soit pas au second tour et que l’on se retrouve dans la configuration de 2002. Mais il faut voter NPA dès le premier tour. Plus la gauche de la gauche sera présente, plus ça pourra peser pour demain. Voter NPA, cela signifie que l’on ne veut plus de Sarkozy, mais c’est aussi prévenir Hollande qu’on ne lui fera pas confiance.


Vous avez adressé une lettre ouverte au PS afin d’obtenir des parrainages des élus sympathisants socialistes. François Hollande vous a-t-il entendu ?

Pour le moment, le parti socialiste n’a pas répondu à la lettre qu’Olivier Besancenot et moi-même leur avons adressé en réaction au courrier de Martine Aubry qui insistait pour qu’il ne manque aucune signature à François Hollande. Cela montre que le PS a les même mœurs que la droite. Ils essaient d’étouffer les petites candidatures, c’est profondément antidémocratique ! Le parrainage est une caution démocratique, pas un soutien politique.

Vous militez pour une « bataille collective ». Regrettez-vous de ne pas vous être allié aux autres partis à la gauche du PS, notamment le Front de gauche ?

Ca n’est pas parce que nous sommes d’accord pour nous battre ensemble dans la rue que nous avons les mêmes perspectives politiques. Même si Mélenchon n’est pas clair là-dessus, il n’exclut pas d’alliance électorale. Il y une sorte de « solidarité gouvernementale » qui se met en place, une nouvelle « union de la gauche ». Mais, pour nous, l’issue n’est pas avec le PS. Nous ne désespérons pas de convaincre les autres courants, de leur montrer que la seule issue c’est ce que nous serons capables de faire dans la rue. Même un gouvernement de gauche, demain, il faudra le combattre !